Les ombres peuvent-elles devenir lumineuses ? Le travail de Charles Serruya répond positivement à cette interrogation à travers des photographies en ombres chinoises. Un procédé vespéral qui ne date pas d'hier, mais qu'il transforme avec esprit, passant de la photo à la vidéo, de la pose au mouvement, des deux dimensions d'origine à la troisième, en saynètes divines.

Né en 1950, Charles Serruya pratique d'abord la peinture et l'illustration. Sa première exposition parisienne met en scène des danseurs et des musiciens devant des paravents peints. Très vite ses nombreuses connexions dans la mode lui demandent aussi des bandes-son de défilés ou des décors originaux (qu'il réalise chez city model).

Vers la fin des années 80, il organise également des performances à base de shows et de vidéos dans diverses galeries new-yorkaises. C'est là qu'il imagine ses premiers jeux d'ombres chinoises. Un challenge technique qu'il affinera bientôt à paris avec Gilles Bello et dont il fait aujourd'hui des courts métrages, des vidéo-clips ou des spectacles époustouflants. C'est ce qu'on découvre dans les soirées cabaret épatantes de la Kentina depuis 1994, mais aussi sur un clip de Jean-Pierre Madère en 93 ou sur la chaîne série club entre deux séries cultes. Devant la richesse de son travail, on s'étonne parfois de son manque de notoriété. Discret, Charles rentre alors dans sa coquille, terrorisé à l'idée que le monde qui l'entoure soit celui de l'offre et de la demande.

Il écrit actuellement un scénario de court métrage, imagine un roman-photo avec la chanteuse Marie-France et photographie ses amis en prévision d'un livre. Armé d'un simple spot de cinéma, d'un écran roulé sous le bras et d'un appareil photo, il débarque chez eux et saisit ce qui lui tombe sous la main pour parfaire leur portrait. Une façon subtile de découvrir l'intimité d'Adeline André, Fabrice Hyber ou Bertrand Maréchal.

 

Patrick Cabasset

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